La lune en quartiers : extrait 2

Les débuts de la vie d’expatriés

Quitter la Normandie pour la Tunisie, la décision ne fut pas difficile à prendre, mes parents ayant envie de fuir l’ambiance délétère de l’après-guerre.  Ils furent nommés, Directeur d’école et institutrice,  en 1950 au Kef, près de Tunis. Puis, l’année suivante, pour mes quatre ans, à Madhia, à 200km au sud de la capitale tunisienne, nous découvrîmes les charmes de la vie au bord de la mer.

« La rentrée 1952 nous vit arriver à Kairouan, au centre de la Tunisie. Nous habitions un appartement dans un petit immeuble réservé aux instituteurs expatriés et nous avions l’électricité ! le progrès était en route. J’avais été admise en cours préparatoire puisque je savais déjà lire et écrire. Je fréquentais donc l’école des filles alors que mes parents enseignaient chez les garçons, il n’y avait pas encore de mixité à ce moment-là. La vie d’expatriés continuait à plaire à mes parents malgré les évènements qui se profilaient à l’horizon.

J’ai le souvenir de manifestations dans les rues de Kairouan et je scandais à la fenêtre, comme les protestataires : « ya ya Bourguiba ! » jusqu’à ce que ma mère vienne me faire taire, de peur de la réaction des autorités. Mes parents étaient connus pour leur engagement syndicaliste et leur appui à la montée du mouvement indépendantiste tunisien, d’autant que Bourguiba s’était déclaré en faveur de l’égalité des hommes et des femmes, fait rarissime dans un état musulman. Il allait, en 1956, concrétiser cet engagement qui avait permis, en grande partie, son arrivée au pouvoir. Les discussions politiques animaient les soirées festives de la colonie et ma mère reprochait souvent à son mari de trop s’engager auprès de ses collègues arabes, partisans du départ de la France…

L’été de mes 6 ans

Les vacances de l’été 1953 furent bienvenues et nous refîmes le périple habituel, la 4 Cv embarquée avec nous sur le bateau : nationale 7, Paris, Normandie, Bretagne, retour à Paris…                        Les vacances bretonnes signifiaient balades dans le camion de Tonton Yves qui vendait glaces et crêpes sur les plages, retrouvailles avec les nombreux cousins pour des baignades interminables, gâteries de toutes sortes de mes tantes qui ne me voyaient qu’une fois par an…

De retour à Paris, où mes parents profitaient de la vie de cabaret et des théâtres avant de retrouver le bled tunisien, je regrettais cette ambiance familiale si chaleureuse même si j’étais heureuse de voir ma grand-mère maternelle ».

Deux ans encore en Tunisie avant de changer de résidence… l’aventure ne faisait que commencer.

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